La puissance du « non merci »

« Nous ne sommes tellement pas habitués à des vérités aussi simples qu’elles peuvent nous déstabiliser complètement. « Non merci » est en effet l’une des expressions les plus simples de notre langue. »

***

Ce texte est tiré du chapitre 9 de ma plus récente publication, Le livre de la Vérité.

Une amie m’a un jour raconté l’histoire d’une petite fille de cinq ans, en visite chez sa dentiste. Cette dernière semblait comblée par les joies d’être mère. Elle avait un petit garçon âgé lui aussi de cinq ans et elle en parlait à sa petite patiente avec grand enthousiasme, jusqu’à lui demander, avec fierté et joie : « Voudrais-tu voir sa photo? » 

Imaginez un instant la scène. Êtes-vous comme moi naturellement porté à croire que la fillette a accepté avec enthousiasme de voir la photo du petit garçon? Ça semble évident, non? Ce serait vraiment mignon, n’est-ce pas? Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est passé. 

Dans toute sa pureté d’enfant, son authenticité naturelle et son innocence, la petite fille a répondu : « Non merci, ça ne m’intéresse pas. » 

Quand j’ai entendu cette histoire, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer l’expression sur le visage de la dentiste, me demandant comment elle a pu se sentir. Peut-être a-t-elle ri sans en faire une question personnelle, mais peut-être au contraire s’est-elle sentie mal, pour quelque raison que ce soit. L’histoire de le dit pas. Chacun peut percevoir la scène différemment, selon l’empreinte qu’il porte en lui. Je suis toutefois certaine que la plupart d’entre nous auraient été surpris, saisis, voire choqués d’entendre une vérité aussi pure, car nous ne sommes pas habitués à cela. Ça nous déstabilise complètement. 

Si je pousse ma réflexion un peu plus loin, je suis à peu près certaine que si un des parents de la fillette avait été dans la salle avec elle à ce moment, il aurait senti un certain malaise. Il l’aurait probablement forcée à regarder la photo, même si elle n’en avait pas envie. Peut-être même lui aurait-il, maladroitement mais sans mauvaise intention, reproché ce manque d’envie. Ainsi, dès un très jeune âge, nous apprenons à « bien » agir, selon les perceptions de ceux qui ont autorité sur nous, et nous en venons ainsi à étouffer à notre insu la vérité sur ce que nous sommes. Nous commençons à modifier nos comportements pour éviter à autrui de vivre des inconforts, jusqu’au jour où tout éclate en nous, car ces inconforts que nous avons épargnés aux autres, sont maintenant devenus nôtres. 

Dans cette histoire, si la dentiste a vécu un inconfort, nous aurions probablement, sans le vouloir, déclaré la petite fille coupable d’avoir provoqué ce malaise, alors que la dentiste en avait l’entière responsabilité. Ce n’était en aucun cas la faute de la fillette si la dentiste portait en elle une blessure émotionnelle que la pure vérité a mise en lumière, la ramenant face à elle-même, à son propre jugement d’elle-même et à ses perceptions. Agréable? Non. Puissant? Oui! La communication de la vérité est un cadeau, même si elle rend inconfortable, car elle nous offre l’occasion de communier avec ce regard que nous avons sur nous-mêmes pour nous libérer de tout jugement qui nous empêche d’exprimer qui nous sommes. 

Nous ne sommes tellement pas habitués à des vérités aussi simples qu’elles peuvent nous déstabiliser complètement. « Non merci » est en effet l’une des expressions les plus simples de notre langue. Elle est claire comme de l’eau de roche et ne laisse rien sous-entendre. Pourtant, elle nous fait réagir quand nous l’entendons, car elle nous met face aux jugements et perceptions que nous avons de nous-mêmes. C’est aussi l’une des expressions que nous avons le plus de difficulté à énoncer, car nous craignons ce que les gens pourraient présumer. En fait, ce que nous craignons souvent le plus est ce que nous avons peur de dire, ce que nous projetons sur autrui et qu’ils nous reflètent. Ça nous revient toujours. Nous n’y échappons pas. 

Si nous arrivons à dire « non merci », nous nous justifions tout de suite après la plupart du temps. Nous nous autorisons difficilement à dire non, comme à dire oui, à exprimer nos désirs et envies. C’est ainsi que nous inventons toutes sortes de stratagèmes, de mensonges et de stratégies pour ne pas avoir à faire face à l’expression de nos désirs profonds et ressentis, pour ne pas avoir à dire la vérité par crainte de ce qu’elle pourrait causer. Qui n’a jamais menti pour éviter une rencontre, un brunch familial ou une activité à laquelle il n’avait pas envie de participer? 

Nous nous taisons pour acheter la paix, croyant nous faciliter les choses, mais nous sommes bien naïfs, car jamais mensonge et paix ne pourront faire équipe, même s’il ne s’agit que d’incohérences ou d’un léger camouflage de la vérité. 

C’est tellement simple pourtant!

« Non merci » est l’une des expressions les plus simples de notre langue. Elle est claire comme de l’eau de roche, ne laisse rien sous-entendre. Pourtant, elle nous fait réagir quand nous l’entendons, car elle nous met face aux jugements et perceptions que nous avons de nous-mêmes. C’est aussi l’une des expressions que nous avons le plus de difficulté à énoncer, car nous craignons ce que les gens pourraient présumer. En fait, ce que nous craignons souvent le plus est ce que nous avons peur de dire, ce que nous projetons sur autrui et qu’ils nous reflètent. Ça nous revient toujours. Nous n’y échappons pas. 

Si nous arrivons à dire « non merci », nous nous justifions tout de suite après la plupart du temps. Nous nous autorisons difficilement à dire non, comme à dire oui, à exprimer nos désirs et envies. C’est ainsi que nous inventons toutes sortes de stratagèmes, de mensonges et de stratégies pour ne pas avoir à faire face à l’expression de nos désirs profonds et ressentis, pour ne pas avoir à dire la vérité par crainte de ce qu’elle pourrait causer. Qui n’a jamais menti pour éviter une rencontre, un brunch familial ou une activité à laquelle il n’avait pas envie de participer? 

Nous nous taisons pour acheter la paix, croyant nous faciliter les choses, mais nous sommes bien naïfs, car jamais mensonge et paix ne pourront faire équipe, même s’il ne s’agit que d’incohérences ou d’un léger camouflage de la vérité.

En terminant, prenez un moment les yeux fermés, pour sentir la pression que vous pourriez ressentir de maintenir une information secrète pour faire plaisir à quelqu’un, pour une fête surprise par exemple. Même si c’est un événement joyeux et positif, on sent tout de même la lourdeur que cause le fait de cacher la vérité. Ce n’est pas pour rien que plusieurs s’échappent par accident. Ce n’est pas naturel. On tolère momentanément la lourdeur, car on sait qu’elle a une fin, mais imaginez-vous si elle devait perdurer des mois? Des années? Je parie qu’à un certain moment, vous vous échapperiez. Vous ne seriez plus capable de tolérer cette pression. 

Je vous propose dès à présent de faire l’expérience du « non merci » au sein de vos communications, sans justification, sans explication, sans rien. Vous contacterez combien le mental devient désarçonné quand il ne peut comprendre et combien le silence du non-savoir peut nous rendre mal à l’aise. C’est absolument fascinant!